Cancer et travail : Dominique Bertinotti est-elle un exemple à suivre ?


Ce qu’elle a dit :

Le 22 novembre, dans un entretien au journal Le Monde, la ministre Dominique Bertinotti évoquait son combat contre la maladie.

« Je n’avais rien, aucun signe. Et puis à un moment, sans transition, vous devenez un malade. Vous entrez bien portante, vous ressortez dans un autre monde. Ça vous tombe dessus et ça ne s’arrête plus, les examens, l’IRM, les sueurs froides, les résultats qui font peur. Vous prenez tout sur la tête »
« Instinctivement, je ne voulais pas mettre le cancer au centre. Je voulais bien être une ministre malade, pas une malade ministre. C’est un tel ébranlement de vous-même… Je ne me sentais pas assez forte pour gérer en plus le regard des autres. »
« J’avais atteint mes limites physiques (…) ces lendemains de chimio où
 monter trois marches, c’est l’Everest »
Elle témoigne pour « aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène. Pour montrer qu’on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions. Pour qu’il y ait moins de peur, plus de compréhension. Pour qu’on réfléchisse sur les inégalités face au coût des traitements de confort, comme le vernis spécial pour les ongles ou la perruque, qui sont si importants. »
« C’est une maladie qu’on ne peut pas oublier, Ministre, pas ministre, ça vous atteint dans votre chair. » « Si j’en parle aujourd’hui c’est que c’est une affaire au passé »

Dominique Bertinotti

Source photo : ©PHOTOPQR/LE PARISIEN/BALLE CATHERINE


En quoi son intervention est louable :

« Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions ».

Ce qui est étonnant, c’est qu’elle a l’air de dire que c’est l’employeur qui est décisionnaire de la mise en arrêt longue durée. Alors que non, c’est l’oncologue et le patient qui décident s’il convient ou non de travailler. Mais sur le fond, on ne peut qu’appuyer la ministre lorsqu’elle précise qu’il convient de faire évoluer le regard de la société à l’égard de cette maladie.
Une personne qui a le cancer ne doit pas être condamnée à être cloîtrée chez elle. L’employeur doit adapter les conditions de travail à la situation de maladie de la personne qui souhaite et qui a les capacités de continuer à travailler.
Des horaires de travail modulables, des pauses supplémentaires, des souplesses dans le traitement quotidien des tâches professionnelles.

sbg redac

Car ce qui manque le plus, et qui peut être apporté par le travail (si celui-ci se passe dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas toujours le cas, même lorsqu’on est bien portant (les crasses des collègues, l’ambiance productiviste et stressante …), c’est le maintien du lien social, et un regard neutre si on garde le silence sur sa maladie et ses symptômes. Afin de pouvoir vivre un quotidien « comme les autres », sans compassion dégoulinante, sans regards gênés et fuyants, sans gestes attentionnés mais pesants.

Si le malade n’est pas apte physiquement ou moralement à travailler, alors ce devrait être à la société de venir à lui. Dans un monde idéal, il y aurait des intervenants médicaux-sociaux qui viendraient apporter du lien social à domicile : faire la lecture, participer à des ateliers artistique, des cours de cuisine…

 

Les raisons de la discorde :

La polémique s’est faite principalement autour d’un seul propos de la ministre, et des commentaires de ses pairs. « Pour montrer qu’on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions »

Et pour ne citer que Corinne Lepage, mais les réactions de ses collègues ont été légion (S.Royal, N.Morano…) :
« Je salue le courage et la dignité de (…) celle et ceux qui continuent à travailler avec le cancer » Corinne Lepage.

On ne peut pas s’empêcher de relever le sous-entendu. Ceux qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas retourner au travail sont donc lâches et indignes, honte sur eux. Puisque la ministre l’a fait, alors qu’elle a une charge de travail considérable, il est évident que l’employé ou l’ouvrier lambda se doit d’être présent à son poste. Ce qui est pointé du doigt par la polémique, c’est la culpabilisation du malade du cancer qui reste chez lui. Et que dire des personnes qui sont en arrêt maladie, pour des pathologies moindres (une rhino-pharingite, une grippe, une hernie discale), et qui OSENT ne pas se rendre au travail, alors que les malades du cancer, eux, le peuvent.

Ce qui est risqué dans le témoignage de la ministre, et les réactions qui s’en sont suivies, c’est la généralisation. Croire que son cas peut être comparé aux milliers d’autres. Mais non.

Déjà, il n’y a pas un cancer, mais une multitude de cancer. Quasiment autant de cancers qu’il y a d’organes et de parties du corps. Peau, sein, ovaire, poumon, rate, prostate, œsophage, cerveau, estomac, utérus… Certains sont plus douloureux que d’autres, plus lourds au niveau du traitement, plus ou moins incurables. Car on oublie de plus en plus de le préciser, mais il y a des cancers dont on ne guérit pas. Et sincèrement, pourquoi les personnes atteintes d’un cancer incurable, à l’espérance de vie très limitée (le cancer de l’ovaire, par exemple, ne laisse pas plus de quatre ou cinq ans devant soi), auraient envie de passer le reste de leur vie au travail, plutôt qu’entourées de leur famille ?
Ensuite, il n’y a pas un seul type d’individu. Certains verront le travail comme salutaire, permettant le lien social, permettant un quotidien vivable. D’autres ressentiront le fait d’être maintenus dans cet environnement professionnel comme un calvaire et cela n’aidera en rien à la guérison.
Enfin, il n’y a pas une seule sorte de situation professionnelle. Si certains peuvent venir au travail avec un chauffeur, la majorité des gens prennent la voiture ou les transports en commun. Si certains peuvent sortir de l’hémicycle pour reprendre leur souffle, d’autres, sur une chaîne d’usine, doivent demander l’autorisation pour aller aux toilettes…


Pour conclure :


Ce qui dérange, c’est le caractère d’exemplarité qu’on attribue à son témoignage, à son insu, du fait qu’elle est ministre.
Elle raconte son expérience, mais ses propos sont érigés en exemple à suivre, à l’instar de ce qui s’est passé avec la grossesse de Rachida Dati, qui s’était dispensée de son congé maternité pour retourner au travail.

Mais Dominique Bertinotti met en avant des points qui doivent être approfondis : l’adaptabilité du travail, et le maintien du lien social. Ainsi que les inégalités face aux traitements de confort (perruque et vernis, inégalité financières, car non remboursés par la sécurité sociale/mutuelle), dont personne ne fait état dans cette polémique, et qui pourtant a son importance dans le bien-être du malade.

Je voulais conclure par une vision plus personnelle des choses. Dans ma famille, il y a eu 5 cas de cancer. Poumon, peau, prostate, sein, et dernièrement, ma mère, cancer de l’ovaire. Ma mère, qui a perdu 20 kilos alors qu’elle n’était déjà pas enflée. Qui est au plus mal à la fin de chaque chimio. Pour qui une balade de dix minutes pour s’aérer relève du marathon. Qui ne dort pas la nuit, et qui s’effondre de sommeil l’après-midi.
Qui a besoin d’une infirmière à domicile pour changer les perfusions.
Reprendre le travail dans ces conditions ? Non, clairement impossible.

Le regard de la société sur le cancer doit changer, et les patients, accompagnés du corps médical, doivent rester libres de choisir ce qui est mieux pour eux.
Qui pour son 100 eme article de son blog, était particulièrement en forme.

Anya

rond hcrond fbrond inspilia

 

J'aime article HC2

 

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